Compte rendu de la croisière à la voile 2020 sur les côtes des Asturies

Juillet 2020 : Irlande? Fermée, Galice? Confinée… Qu’à cela ne tienne, il doit bien nous rester quelques cartes dans quelques manches!
Croisière à la voile en CantabrieAlors pour cette douzaine de jours de croisière hauturière, après consultation des oracles de la météo, c’est décidé, nous mettrons le cap sur la côte nord espagnole. Cantabrie, Asturies : il y a sûrement de ce côté de quoi assouvir notre soif de découverte!

Mais avant cela une petite mise en jambe, avec une navigation dans la rade de Brest. L’équipage retrouve ses réflexes aux manœuvres. Retrouve, car une fois n’est pas coutume, tous les équipiers ont déjà embarqué au moins une fois à bord de Lord Jim. Nous mouillons à l’abri de la Pointe d’Armorique le temps du repas autour de la table de cockpit, suivi d’une petite sieste. Il faut dire que le flot (courant de la marée montante) est puissant dans le goulet, alors mieux vaut prendre son temps. Nous sortirons de la rade comme une fleur après la renverse.
Un ris dans la grand-voile, le solent déroulé, nous glissons enfin vers le sud. Pointe du Toulinguet et les Tas de pois sur bâbord, la Pointe du Raz est la ligne de mire de l’étrave. Dans le Raz de Sein, ça bouillonne devant la Plate, et c’est sur un tapis roulant que nous déboulons en baie d’Audierne. Audierne sera notre escale du soir ainsi que notre point de départ pour la traversée du Golfe de Gascogne vers la presqu’île ibérique. Une bonne nuit au calme s’impose pour partir bien reposé.

Départ pour la traversée du Golfe de Gascogne

Croisiere en AsturieA peine doublé le musoir de la digue d’Audierne, nous hissons le spi rouge pour glisser tranquillement vers le Sud. Nous laissons la pointe de Penmarch dans notre Est. Nous surprenons une chasse : Dauphins et fous de Bassan se sont donné rendez-vous pour un festin. Les oiseaux de mer piquent et plongent comme une armée, se gavant d’alevins.
Le soleil est de la partie, et la descente du Golfe s’annonce rapide. Les oignons crépitent déjà dans la cocotte dégageant leur fumet jusqu’à l’homme de barre. Au menu ce soir : rôti de porc aux pruneaux avec pommes de terre de l’île de Quéménes. Les quarts d’équipage sont organisés : trois équipes de deux pour trois heures de quart chacune. Dominique et Pierre commenceront de 22h à 1h. Nous nous préparons à cette première nuit de navigation, et réduisons la toile. Un ris est pris puis le deuxième.
Le vent est bien monté et la mer s’est déjà formée. Pas facile dans ces conditions de trouver le sommeil. Les estomacs eux tiennent bon. Quelques lumières de cargos à l’horizon, mais rien de comparable à une traversée de la manche. Nous sommes à l’écart des grandes routes maritimes. Les lueurs de l’aube sont déjà visibles, le vent baisse d’un cran et la mer fait de même. Tout l’équipage est un peu groggy par cette première nuit en mer, et, le quart terminé, le plongeon dans la bannette et dans le sommeil est instantané. Pour la relève, c’est un breakfast pain grillé œufs au plat café qui passe divinement bien.

Les “acores”, zone ou les fonds plongent rapidement de 100 à 4000 mètres sont doublés au petit matin. Les lignes à thon sont filées, et adieu vat ! Ce n’est que le lendemain qu’un premier thon vient goûter à notre leurre. Sitôt vidé, les filets tirés atterrissent dans le faitout, où huile d’olive avec petits oignons frémissent déjà. Suivrons 2 pièces de 5 à 6 kg. En soupe, en marmitako, en rillettes : on a de quoi tester plein de recettes, et en distribuer aux plaisanciers rencontrés aux ports d’atterrissage. Les lignes de pêche ont été ramassées : point trop n’en faut! Nous traversons pourtant des chasses de thons. Ils sautent de tous bords. Le souffle d’une baleine est aperçu, et des dauphins nous escortent régulièrement en effectuant des sauts impressionnants.

H2 Atterrissage sur La côte Cantabrique

La côte de Cantabrie apparaît et nous faisons route sur le port de Laredo. Marina moche, mais une bonne douche en arrivant ce ne sera pas de refus. Le village de Laredo n’est pas mal du tout, ainsi que la vie côté port de pêche.

De Laredo nous naviguons sous les somptueuses falaises de Laredo, puis c’est le phare du Cabo Ojo. Une journée de navigation pépère qui nous mène à Sanses. Une fois passée l’entrée délicate (comme souvent dans la région) nous nous enfonçons dans les terres en remontant la rivière. Vestiges d’un pont transbordeur de minerai rive droite, oiseaux en quantité, c’est un paysage magnifique qui s’offre à nous. L’ancre plonge dans le lit de la rivière. Nous débarquons pour une balade qui nous mène à un bistrot bien dans son jus, animé et sympathique. Cerveza, tapas de fromages pays, jamón, pimientos de padron… Pas de découverte de l’Espagne sans la vie des bistrots et leurs petits plats!

Nous décollons aux lumières du matin pour une navigation vers San Vicente de la Barquera. Nous longeons une côte rocheuse haute, ou les plis géologiques dessinent des motifs majestueux. Au-dessus, c’est le vert des plaines, tacheté de rouge par les toitures de tuiles. En arrière-plan, les sommets de plus en plus hauts annoncent déjà les fameux Picos de Europa.

Nous embouquons le chenal de San Vicente de la Barquera. Un petit mètre d’eau sous la quille, c’est bien peu en ces parages où la houle arrive directement du large et de fonds de plus de 3000 mètres… Le village surmonté de son château apparaît derrière le pont de pierre. Sur la droite, le port de pêche avec ses navires colorés, le slipway, la “Cofradia de pescadores”. Une fois amarré à couple d’un de ces navires de pêche, nous partons à la découverte des ruelles de la vieille ville. Au sommet, sur le parapet qui entoure l’église, la vue est magistrale avec un panorama sur les sommets des Picos encore tachetés de neige.

Après une escale au bistrot du port, nous appareillons pour Llanes. Le vent reste erratique et nous alternons navigation à la voile et navigation au moteur. Toujours surplombé par ces montagnes, nous rentrons dans le petit port de Llanes. Trois places au port sont disponibles pour les navires de passage, pas une de plus ; c’est dire l’encombrement de plaisanciers dans cette région! Amarré au cœur de cette cité à l’architecture très riche, nous n’en finissons pas de tomber sur des pépites. Les lumières du soir arrosent le petit port et ces maisons colorées.
Au petit matin, nous déhalons avant de faire chauffer le café. Il faut dire qu’un mouillage nous fait de l’œil, à un demi milles de là. A l’entrée d’une ria qui assèche, le mouillage de Pôo est relativement- abrité de la houle d’ouest par une petite île… On y mouille sur fond de sable. Superbe lieu bien sauvage. Petit déj ensuite et petit bain pour bien commencer la journée.

Mais on ne traine pas car l’entrée de notre prochaine escale ne peut se faire qu’à marée haute. Alors route ouest jusqu’à Ribadesella. Ribadesella, encore une superbe escale. L’entrée est belle et impressionnante, le quai à une dizaine de mètres sur bâbord, les déferlantes à moins de 20 mètres sur tribord. La ville apparaît plus haute sur la rivière, toute colorée. Arrivés sur le coup de midi, il nous reste encore le temps de visiter les alentours.
A pied, sur le sentier qui remonte la Sella, nous remontons le lit de la rivière jusqu’à sa source, tout la haut dans les montagnes. Quelques kilomètres plus haut, la petite route s’enfonce dans une grotte… vingt mètres de haut, d’énormes stalactites et stalagmites…. Une vraie cathédrale naturelle. Et le chemin se poursuit de la sorte sur 250 mètres, creusé autrefois par un torrent souterrain. Nous traversons des villages préservés, avec leurs imposants greniers à grain ancestraux. Le chemin nous mène ensuite le long d’un ruisseau bordé de moulins et des points de vue fantastiques. 25 kilomètres de marche tout de même… de quoi nous mettre en appétit! Nous profitons le soir du choix de bons restaurants spécialisés dans les fruits de mer : Un régal!

Le départ pour la Bretagne étant prévu pour le lendemain soir, cela laisse le temps pour une dernière excursion. Monter jusqu’au Picos est tentant mais une autre option s’impose : descendre la rivière Sella en Kayak. En deux temps trois mouvements, c’est décidé. Un Bocadillo dans le sac, je grimpe dans la camionnette du loueur de kayaks qui me dépose 15 km en amont. Et c’est parti pour deux heures de pagaie dans un cadre magnifique. Petit bain de temps en temps pour se rafraîchir : Moment de détente complet avant de reprendre le large.

Fin de journée, la marée haute nous permet de quitter cette belle escale de de prendre la route du retour vers la Bretagne. Sous gennaker, un léger vent de travers nous pousse vers le nord. Le soleil disparaît derrière l’horizon. Le rythme de la navigation au large et les quarts s’installent. Certains veillent, les autres dorment, lisent, écrivent. On ne sait plus très bien depuis quand on est en mer et cela importe peu : On est en route, et c’est cela qui compte. Après avoir remonté un dernier thon de 10 kg nous repassons sur le plateau continental. L’île de Sein sera notre havre d’atterrissage, sas de réadaptation à la vie de terrien!

Du haut du grand phare, nous contemplons le spectacle qu’offre la vue, à l’ouest la chaussé de Sein, le phare d’Ar Men, et le large d’où nous venons, à l’est, la côte finistérienne qui nous accueille. A se demander de quel côté nous partirons la prochaine fois.

Nos prochaines croisières en Galice:



Aucune croisière correspondant à ces critères n'est planifiée


Voir toutes nos actualités sur les croisières à la voile en Galice