Le bilan de la saison 2020 de croisières à la voile à bord de Lord Jim

Lord-Jim-croisieres-2020En plein milieu de cette première vague Covid, nous étions comme beaucoup dans l’incertitude totale de savoir quand et comment nous pourrions renaviguer, avec le doute que notre programme de croisières soit purement et simplement annulé. Lord Jim 2 était fringant et prêt à accueillir ces premiers équipiers, il tirait d’impatience sur ses amarres. Après maintes péripéties et informations contradictoires, la voie a été ré-ouverte au cours du mois de Juin et ce pour le reste de la saison.

Reste qu’entre les disponibilités des un(e)s et des autres qui ont été très chamboulées, les réticences légitimes d’embarquer en équipage, la croisière Irlande prévue la deuxième quinzaine de Juin n’a pas pu avoir lieu. Puis, de toute évidence, l’envie de naviguer a été plus forte que tout. Une belle part des inscrits sur les stages du printemps ont retrouvé une date sur l’été ou l’automne.

Mettre les voiles pour retrouver le plaisir de naviguer !

L’accès à la Grand Bretagne et donc à nos chères iles Scilly n’étant pas ouvert en début de saison, nous avons inventé des plan B comme « Bretagne » ! Et qu’importe la destination pourvu qu’il y ait l’ivresse! Car oui, quitter le port, hisser les voiles, couper le moteur et sentir le navire prendre de la gîte, accélérer, tout ceci a eu une saveur bien particulière après ce printemps de confinement.

Et c’est donc parti pour une saison de de navigation en mer d’Iroise, avec de belles incursions en Bretagne nord et Bretagne sud. L’Espagne nous a elle ouvert ses ports des Asturies ; avec l’opportunité de naviguer à la voile sous les Picos de Europa encore enneigés. (Nous reviendrons là-dessus en détail lors d’un article prochain)

Croisières en Mer d’Iroise

Alors pour bien commencer la saison 2020, nous quittons la Rade de Brest, doublons le phare du Petit Minou, la pointe de Saint Mathieu et nous nous faufilons dans l’archipel de Molène. Il y a encore très peu de monde sur l’eau. Une colonie de phoques nous regarde passer entre l’île de Béniguet et Litiri en se demandant d’où ils peuvent bien sortir ceux-là? C’est qu’eux aussi se sont habitués au confinement! Sur les grèves, les sternes et autres oiseaux de mer ont repris possession de l’espace et nichent un peu partout. Il faut faire bien attention à ne pas les déranger!
Dans l’archipel de Molène, comme sur l’île d’Ouessant et l’île de Sein, nous reviendrons à de nombreuses reprises durant la saison. Mais chaque relâche reste unique. Mouillé au sud de l’île de Quéménes ou dans le chenal de Litiri pour une débarque et une visite à Amélie et Etienne, les gardiens des lieux, un bain du soir face au chenal de la Chimère et aux îles de Molène et Triélen, une balade en paddle vers Ledenez ou Morgol, en observant les poussins cormorans et les Grand dauphins tursiops, nous avons été gâtés!

Du haut des phares de la Mer d’Iroise

Les phares seraient toujours habités par des gardiens, ceux-ci auraient vu passer et repasser un voilier de croisière noir à liseré jaune. A pêcher le lieu jaune sous la Jument, à embouquer le Fromveur à 14 nœuds sur le fond et voir Keréon surgir du brouillard à moins d’une encablure. La Plate et la Vieille à la pointe du Raz, nous ont vus défiler dans les remous et sur le tapis roulant et remuant du Raz de Sein. Le gardien du phare du Four aurait vu Jim surgir des roches de Portsall et passer dans l’étroit Chenal d’Argenton. L’on aurait pu descendre boire un coup avec celui des Pierres Noires lors d’une débarque par calme plat.

Mais c’est dans le phare de l’île de Sein que nous sommes montés le plus souvent. Et après l’ascension des 340 marches, nous pouvons admirer toute la Chaussée de Sein, jusqu’à Ar Men dans l’ouest, vers le Chat, La Vieille et la baie des Trépassé dans l’est. Et à trois encablures du pied du phare, bien protégé de la houle d’ouest, Jim nous attend sagement au mouillage.

Le plaisir de la navigation de nuit à la voile

Navigation de nuitEn l’absence de navigation vers la Grande Bretagne, il est très possible de se contenter de navigations de jour, d’un mouillage à l’autre. Mais ce serait passer à côté de moments si agréables. Alors bien souvent nous avons choisi des programmes de navigations avec un départ sur le coup de 4 heures du matin. Et justement, par deux fois nous avons quitté l’île de Sein de nuit et à la voile, balayé par le puissant faisceau du grand phare, en suivant le petit feu à secteur nous guidant dans le chenal Oriental. L’ambiance par une belle nuit dans un tel endroit mérite que l’on s’extirpe du sac de couchage! Au retour d’une « nav. de nuit » de Dahouët à Camaret, de l’archipel des Glénan vers L’Auberlac’h, ou des 7 îles vers le Conquet… avec bien souvent le petit café croissant à l’arrivée, au bistrot de port, encore groggy de la fatigue ; ambiance !

De bien belles conditions de navigation, et quelques caprices de la météo

Pour la dernière navigation de la saison, la semaine dernière, nous faisons un retour en rade avec 8 mètres de houle annoncés à la pointe bretonne. L’abeille Bourbon est en stand-by devant Camaret. Les gerbes d’écume passent par-dessus le fort des Capucins ; soleil et lumière d’automne, le spectacle est total. A deux ris et trinquette, Jim file se mettre au chaud en eaux calmes.

La météo de la saison nous a réservé de beaux morceaux. Des ambiances pétole lors des balades sur les îles, ou de petites brises pour glisser vers d’autres escales à découvrir. Sieste et lecture sur le pont, parfois en recherchant l’ombre de la grand-voile (si si !). Des ambiances de brume ou disparaissent et réapparaissent îles, rochers et phares. Un rayon de soleil qui vient percer le stratus et éclabousser de couleur les arméries maritimes qui recouvrent un îlot…

Une tempête aussi, nommé Alex… qui nous rejoint alors que nous sommes en pleine formation Skipper Côtier. Annoncée, elle l’a bien été, et nous avons juste le temps de nous glisser en Bretagne sud, de Morgat à Bénodet. Là bien à l’abri au port de plaisance, les amarres doublées, le chauffage ronronnant, le vent souffle dans les haubans, et nous avançons notre programme de cours. Puis nous pouvons remettre les voiles et reprendre le fil de nos exercices et mettre en pratique les sujets à aborder. Loctudy, Sainte Marine, Port La Forêt, Concarneau, l’île de Groix, Rosbraz et l’Archipel des Glénan seront nos escales des jours qui suivent, avant de repasser le Raz de Sein. Dans chaque port, quelques dégâts suite à la tempête, avec des navires ayant rompu leurs amarres et parfois coulés…

Le programme de formation à la navigation à bord de Lord Jim

Cette année et pour la première fois nous avons eu deux programmes de formation. La désormais traditionnelle formation Skipper Côtier de 12 jours et la première édition d’une formation à la manœuvre pure sur 5 jours. La première formation, devait se dérouler au mois d’avril, mais elle a été reportée à fin juin début juillet. Et mise à part la tempête Alex déjà évoquée, elle s’est déroulée de manière habituelle, avec une semaine de révision des fondamentaux de la manœuvre, du pilotage et de la navigation, suivie d’une semaine de mise en situation de chef de bord. D’où une succession de navigations courtes pour multiplier les situations de manœuvre, d’appareillage, d’orientation sur le plan d’eau, d’approche de port et de mouillage.
Pour la formation manœuvre de fin octobre, nous nous sommes “limités” à un programme de manœuvres au moteur dans les ports et de prises de coffre, ainsi que différentes manœuvres à la voile dans la brise, et manœuvre d’homme à la mer. Le vent a oscillé entre 20 et 30 nœuds toute la semaine. Notre zone de navigation allait des ports de plaisance de Brest – Moulin Blanc et Marina du Château- jusqu’à Camaret, Roscanvel et le Port du Fret. Bref une zone géographiquement limitée mais belle et riche de situations et de cas de figures intéressants. Cette nouvelle formation à la manœuvre a fait l’unanimité, et est donc appelée à être reconduite en 2021.

Rendez-vous démasqué en 2021 pour un nouveau programme de navigation !