Compte rendu de la formation skipper – Avril 2017

Tous les ans, au mois d’Avril, Lord Jim propose une formation de chef de bord plaisance à ceux qui souhaitent sauter le pas, et passer du rôle d’équipier au rôle de skipper. Car il y a un vrai cap à franchir pour endosser la responsabilité d’un voilier et de son équipage.Là ou un bon équipier sait effectuer les manœuvres courantes, barrer, tenir le quart, le skipper lui doit avoir une vision globale de la navigation. Il doit savoir anticiper, et gérer les situations qui ne se présentent pas comme on l’avait prévu. Voici le compte rendu de la formation skipper qui s’est déroulée du 3 au 14 Avril 2017.

Quels sont les profils des participants à cette formation skipper ?

Philippe : Une base de navigation en dériveur, un certain nombre de croisières avec des amis et quelques stages aux Glénan et à l’UCPA. Il a pour projet d’ici quelques années de partir en voyage à la voile en famille autour de l’Atlantique.
Jean Philippe : Navigue depuis longtemps, a eu deux voiliers de 7 et 9 mètres. Il a navigué en famille en Bretagne sud, et souhaite renforcer ces acquis dans le but de louer des voiliers de 50 pieds pour embarquer enfants et petits-enfants.
Élise : navigue en famille avec ces parents et a effectué quelques stages de voile en croisière aux Glénan. Elle est sur le point d’acheter un petit croiseur, avec un programme de croisière côtière en Bretagne.
Christophe : est guide de haute montagne, il a seulement effectué deux stages en école de croisière et rêve de grand voyage à la voile…

Comment s’est déroulé le stage de formation chef de bord:

Nous nous retrouvons le lundi matin à bord de Lord Jim amarré au ponton du port du Moulin Blanc à Brest. Autour d’un bon petit déjeuner, nous faisons connaissance, les participants exposent leurs expériences, leur envies et leurs objectifs pour ces 12 jours à venir.
Yann le skipper formateur trace les grandes lignes de cette formation, et présente le voilier, son fonctionnement, les rangements, et les us et coutumes du bord. Un topo de base sur la sécurité est présenté, puis l’avitaillement effectué par Albane est embarqué et rangé dans la cambuse du bord. L’appareillage se fait dès la fin de matinée.

Maitriser les manœuvres à la voile et au moteur.

La première journée est destinée à la découverte du voilier, pour que chacun prenne ses marques, découvre les spécificités de Lord Jim. On en profite pour vérifier que chacun possède les bons gestes pour : border, hisser, virer et empanner, barrer au vent et au compas, lover correctement une aussière ou une drisse, en glène ou en biture, prendre un ris, enrouler le génois, hisser la trinquette… Une multitude de gestes et de manœuvres qui seront répétés durant toute la durée de la formation skipper.

Premiers bords en Rade de Brest

La rade de Brest est le plan d’eau idéal pour cette mise en jambe. Les houles d’ouest sont arrêtées par la presqu’île de Crozon. La rade reste facilement navigable même quand les conditions sont « musclées » à l’extérieure. Ce n’est pas pour rien que l’on y croisait le catamaran AC45 Groupama de Franck Cammas l’an passé qui avait choisi la rade de Brest pour terrain d’entraînement… Première escale dans l’anse de Lauberlac’h, pour un premier mouillage forain et un débriefing sur cette première journée de manœuvre à la voile. Nous débarquons sur le petit port et allons boire une bonne bière bien méritée au « Tape Cul », le café de la Marine local.

Les jours suivant nous continuons à travailler les manœuvres à la voile, mais aussi et surtout les manœuvres au moteur dans les ports. Manœuvrer un voilier pour accoster un quai ou un ponton est un point important de cette formation. Et on répète encore et encore, à tour de rôle ces entrées de port et accostages, pour acquérir automatismes et bons réflexes.
Dès le mardi, nous nous penchons sur les cartes marines et le pilotage côtier en naviguant vers l’archipel de Molène. Dans un premier temps l’électronique du bord est coupée. L’observation du paysage et le lien avec la carte papier sont les premiers réflexes à acquérir. Un simple bout de ficelle en guise de règle, pour figurer les alignements utilisés nous permet de nous faufiler dans les chenaux étroits du Parc Marin d’Iroise en toute sécurité. En fin de journée, nous mouillons au sud de l’île de Quémenez. Nous en profitons pour aller saluer Soizic et David et leurs enfants, qui tiennent la ferme gîte insulaire.

Les bases de la manœuvre et du pilotage étant acquis, nous organisons les navigations de la façon suivante: chaque stagiaire endosse le rôle de chef de bord pour un parcours donné. Chacun détermine les conditions d’appareillage, le choix de la configuration de toile, la navigation, l’approche et l’arrivée au mouillage ou au ponton. A lui ou à elle de commander à la manœuvre et de sécuriser son itinéraire. Bien entendu au début ça fait beaucoup de chose à gérer, mais les choses se font tranquillement pas à pas. Chacun profite des expériences des autres, et peu à peu, tout se fait avec aisance. Bien sûr il y a encore de grosse bourdes, mais c’est justement le bon moment de les faire, on est là pour apprendre !

En parallèle, bien des thèmes viennent s’ajouter, et de jour en jour, au fur et à mesure des escales, nous travaillons et étudions les grande ligne du RIPAM – le Règlement International pour Prévenir les Abordage en Mer -, les procédures de sécurité, la pratique de la récupération de l’homme à la mer, la mécanique du bord, l’électricité, l’organisation de la sécurité et du sauvetage en mer, la météo, l’utilisation de la radio VHF ASN, la bonne utilisation des systèmes d’électronique moderne…

Lord Jim croise au large d’Ouessant, fait étape à l’aber Ildut par le Fromveur et prend la route du Raz de sein pour profiter du terrain de jeux qu’offre la Bretagne sud. Le bassin de navigation de Lesconil au Golfe du Morbihan à l’avantage de proposer de très nombreux ports et abris. On peut y faire relâche, le temps d’un repas ou d’un café avant de faire route à nouveau. Il est ainsi facile de multiplier les cas d’entrée de port, les manœuvres de toutes sortes qu’un futur skipper doit pouvoir appréhender, dans le calme et avec méthode.

Pendant ces quinze jours de formation skipper, un grand nombre de petit « truc » pour se faciliter la vie à la manœuvre, pour communiquer de manière simple et efficace sont enseigné. Cela est le fruit de la longue expérience acquise par Yann comme skipper sur des navires extrêmement variés. En effet c’est bien de savoir gérer un navire de 40 pieds tel que Lord Jim. Mais c’est mieux d’acquérir les réflexes, les techniques et le vocabulaire qui fonctionneront également sur un navire de 60 pieds…

Retour à Brest après avoir caboté en baie d’Audierne et en baie de Douarnenez. Les manœuvres et la navigation s’enchaînent de manière fluide. Un grand bond en avant a été fait pendant ces deux semaines. Restera à chacun d’accumuler les expériences, et à ne jamais oublier de bien ouvrir ses yeux sur l’environnement. Savoir observer pour ne pas se faire surprendre par le grain ou la risée, et surtout ne pas oublier de lever le nez des écrans des GPS et autres centrales de navigation électroniques. Des outils bien pratiques mais qui peuvent se révéler à double tranchant, si l’on ne se sait pas s’en passer.